C’est lorsque Florence Diane Gordon s’est présentée au département de la mécanique du Canadian Tire de Granby pour se plaindre d’une vérification bâclée de son véhicule, quelque temps plus tôt, qu’elle s’est fait dire par un employé que «sa vie était sans importance».
C’est lorsque Florence Diane Gordon s’est présentée au département de la mécanique du Canadian Tire de Granby pour se plaindre d’une vérification bâclée de son véhicule, quelque temps plus tôt, qu’elle s’est fait dire par un employé que «sa vie était sans importance».

1000$ pour avoir dit à une cliente que sa vie n’en valait pas la peine

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La succursale granbyenne de la chaîne Canadian Tire devra verser 1000 $ en dommages à une cliente à qui un employé a dit que sa vie était « sans importance ».

C’est lorsqu’elle s’est présentée au département de la mécanique du commerce pour se plaindre d’une vérification bâclée de son véhicule, quelque temps plus tôt, que Florence Diane Gordon s’est ainsi fait accueillir.

Lors de sa visite précédente, le 25 février 2019, la dame s’était plainte que son véhicule « tirait d’un côté en freinant » et que le freinage s’effectuait au ralenti. Après inspection, on lui propose de changer les freins avant, un bras de suspension et une rotule qui, avec la vidange d’huile, fait grimper la facture finale à plus de 800 $. Le conseiller technique en poste mentionne également à la cliente que le maître-cylindre coule et qu’il faudra éventuellement le remplacer, mais ne dit rien à propos des freins arrière, ce qui fait croire à la cliente que leur vérification avait permis de conclure qu’ils étaient en bon état.

Or, tout juste en quittant le commerce, Mme Gordon remarque que le problème de freinage est toujours présent. De retour au comptoir mécanique du Canadian Tire, on lui offre immédiatement un nouveau rendez-vous que la cliente fixe en mai étant donné qu’elle n’avait pas les moyens de payer immédiatement pour une nouvelle ronde de réparations.

Entre-temps, la dame a toutefois l’occasion d’échanger avec un autre garagiste qui doute des conclusions initiales de l’aviseur technique. En choisissant de faire affaire avec cet autre spécialiste, elle apprend que son véhicule était dangereux et que les freins arrière devaient être immédiatement remplacés parce qu’ils étaient en très mauvais état. De plus, le cylindre d’un de ces freins coulait, ce qui expliquait les problèmes constatés par Mme Gordon.

Altercation

Mécontente que ces problèmes n’aient pas été décelés quelques semaines plus tôt par Canadian Tire, la cliente retourne au magasin et fait part de son insatisfaction au conseiller technique en insistant sur le fait que l’état des freins de sa voiture avait mis sa vie en danger. C’est là que l’employé lui aurait rétorqué que sa vie était sans importance, a témoigné Mme Gordon devant le juge Pierre Bachand.

« La demanderesse rétorque alors quelque chose comme : ‘‘T’es sérieux, ma vie est sans importance ? ’’, ce à quoi [l'employé] répond ‘‘Oui’’ », relate le jugement, dont la décision a été rendue plus tôt ce mois-ci.

Cet échange a été entendu par le gérant de service, qui s’est immédiatement excusé au nom de l’entreprise pour les propos de l’employé et qui lui a offert une compensation en marchandise, ce que la dame a refusé.

Atteinte à la dignité

Initialement, la demanderesse réclamait tout près de 13 000 $ au Canadian Tire de Granby en dommages. Cette somme englobait les réparations « sans nécessité » effectuées au garage du magasin, un montant de 2000 $ pour la mise en danger de sa vie et celle d’autrui ainsi que 10 000 $ pour atteinte à sa dignité, son intégrité psychologique et pour atteinte illicite et intentionnelle.

Le juge Bachand n’a pas retenu les prétentions de Mme Gordon, alléguant que l’état des freins constaté était vraisemblable pour une voiture de cet âge  et que certaines de ses allégations relevaient plutôt du ouï-dire.

Qui plus est, aussitôt que celle-ci s’est plainte que le problème de freinage n’avait pas été réglé par des réparations, l’atelier mécanique lui a offert de prendre un autre rendez-vous immédiatement. « Cela aurait donc pu être réglé rapidement, mais c’est la demanderesse qui a décidé, faute de moyens financiers, de fixer le rendez-vous plus de deux mois plus tard », a rappelé le magistrat.

Les paroles prononcées par le conseiller technique constituaient toutefois « une faute et clairement, une atteinte à la dignité de la demanderesse », qui a été « insultée et a souffert de ces propos dégradants ». Cette faute mérite une compensation à hauteur de 1000 $, a tranché le juge.

Les représentants du magasin ont tenté de se délester de cette condamnation, indiquant que les paroles de l’employé dépassaient son rôle. Le juge Bachand ne l’a pas entendu ainsi, rappelant que le Code civil du Québec rend responsables les employeurs quant aux manquements de leurs employés commis dans l’exercice de leurs fonctions, comme c’était le cas dans cette affaire.

L’homme de loi a toutefois exonéré Canadian Tire du paiement des dommages punitifs de 250 $ auxquels la demanderesse aurait eu droit puisque le gérant de service est immédiatement intervenu auprès de la cliente.

L'employé en question n'est plus à l'emploi du commerce.