Alex Lacasse Deaudelin a plaidé coupable à l'accusation réduite d'homicide involontaire coupable.

10 ans de prison pour Alex Lacasse Deaudelin

« Je me demande pourquoi je l'ai tuée, comment j'ai pu en arriver là. Rien de ce que je peux dire ou faire n'arrangera le geste que j'ai commis. Je ne peux que demander à Dieu de me pardonner, mais moi je ne me le pardonnerai jamais. »
C'est par le biais d'une lettre écrite à la main que le meurtrier de Caroline Choinière, une femme de 45 ans poignardée à mort il y a un an dans son appartement de Granby, a exprimé ses remords, mardi.
Du box des accusés, corpulent et l'air hébété, Alex Lacasse Deaudelin se sentait incapable de la lire devant le tribunal, a indiqué son avocat, Me Patrick Fréchette. Une copie a toutefois été remise à la cour, à la fille de la victime et à La Voix de l'Est (voir encadré).
Quelques minutes plus tôt, l'homme de 27 ans reconnaissait avoir commis un homicide involontaire coupable. Il était à l'origine accusé de meurtre au second degré, une accusation plus grave. Les négociations entre avocats ont permis d'en arriver à ce dénouement et d'éviter­ la tenue d'un procès.
Intoxication
Il aurait été complexe de prouver l'intention criminelle, a expliqué Me Geneviève Crépeau, du ministère public. M. Lacasse Deaudelin souffre de problèmes psychiatriques et était intoxiqué à l'alcool et aux drogues, notamment aux métam­phétamines (speed) le soir du crime, alors qu'il a asséné 62 coups de couteau­ à sa colocataire.
Pour cette raison également, une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux était exclue, a dit Me Fréchette. Son client souffre d'un « trouble mental grave et persistant », mais le passage à l'acte a aussi été induit par son état d'intoxication. Il avait été déclaré apte à subir un procès. 
C'est M. Lacasse Deaudelin qui a demandé à ce que son dossier soit rapidement réglé, a précisé Me Fréchette. 
Après avoir étudié la jurisprudence applicable, les parties ont suggéré une peine de 10 ans de prison, sentence retenue par le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure. « C'est une peine qui n'est ni dans le bas ni dans le haut de la fourchette, a dit le juge. Elle est raisonnable et faite par des avocats compétents. »
La cour a aussi ordonné que M. Lacasse Deaudelin soit vu par une équipe médicale en prison afin qu'il continue de recevoir la médication appropriée. Il était détenu en centre hospitalier depuis son arrestation, survenue quelques heures seulement­ après le crime.
« Je mérite la prison »
Me Crépeau a décrit les circonstances bizarres dans lesquelles l'accusé s'est rendu aux autorités la nuit du 10 janvier 2016. Des policiers l'ont remarqué alors qu'il marchait de façon erratique et peu vêtu dans les rues de Granby, vers 1 h du matin.
Sitôt interpellé, il a affirmé avoir fait « quelque chose de grave ». « Je suis content de vous voir, je mérite la prison », a-t-il dit d'emblée. Ses propos étaient nombreux et souvent incohérents. Il a changé de voix, d'accent et même de langue. Du sang tachait ses mains et son pantalon. 
Le corps de la victime, qui hébergeait de bon coeur l'accusé dans son appartement de l'avenue du Parc, a été retrouvé peu après. Les policiers s'y étaient rendus deux fois ce soir-là, mais étaient repartis chaque fois « parce qu'il n'y avait pas de chicane », bien que les voisins aient entendu des cris.
Quelques jours plus tôt, Alex Lacasse Deaudelin avait aussi été hospitalisé pour une psychose. Il serait facile de faire la leçon aux autorités, « mais chaque domaine a ses limitations », a dit Me Geneviève­ Crépeau. « Quand il avait été rencontré, il n'avait pas été jugé dangereux pour lui ou pour autrui. »
La Couronne s'est dite satisfaite de la sentence imposée. « Ça tient compte de toutes les circonstances de cette affaire », a dit Me Crépeau, et l'accusé aura accès à des soins en milieu carcéral. Compte tenu de la détention préventive, il lui restera huit ans et demi à purger.
L'accusé souffre d'un « trouble mental grave et persistant », mais le passage à l'acte a aussi été induit par son état d'intoxication, a dit M<sup>e</sup> Patrick Fréchette, à la défense.
Lettre écrite par Alex Lacasse Deaudelin à l'attention
de la fille de sa victime
(NB : La Voix de l'Est a corrigé l'orthographe et la ponctuation.)
Chaque jour, je me réveille en me disant c'est un cauchemar, avoir enlevé une vie. Je ne mérite pas la mienne. Plus jamais de ma vie je lèverai les doigts sur quelqu'un. J'm'en veux à mort d'avoir détruit les chances de réconciliation entre Caroline et sa fille, son garçon. J'ai une tristesse immense lorsque je pense à Caroline, qui faisait partie de ma vie. Elle me manque. Je me demande pourquoi je l'ai tuée, comment j'ai osé en arriver là. Rien de ce que je peux dire ou faire n'arrangera le geste que j'ai commis. Je ne peux que demander à Dieu de me pardonner, mais moi je ne me le pardonnerai jamais. J'ai de la misère à m'aimer après ce que j'ai fait. Caroline était sans doute la meilleure personne que je connaisse et c'est drogué et dans ma maladie que j'ai commis l'irréparable. On m'avait déjà dit de lâcher la drogue, qu'il risquait de m'arriver quelque chose de grave, faire du mal aux autres. Ce n'était que la dernière chose à quoi je pensais et c'est arrivé. Je voudrais bien mourir, mais ici on veut que je vive. On me dit qu'il reste du bien en moi. Il y a des jours où ma vie est finie. Je n'y crois plus.
«Au moins, il a des remords», a dit Maude Choinière-Vallée à sa sortie de la salle d'audience.
La fille de la victime ébranlée
Le pardon sera difficile pour la fille de Caroline Choinière, Maude Choinière-Vallée, qui a assisté mardi au plaidoyer de culpabilité du meurtrier de sa mère.
La jeune femme a aussi eu la surprise de se voir remettre une lettre écrite par l'accusé et dans laquelle il dit regretter son geste. « Ça a été un choc, a indiqué l'assistante dentaire de 20 ans. Il l'aimait vraiment. Mais même s'il s'excuse, ça ne pardonne pas (le geste). Au moins, il a des remords. »
Elle non plus ne s'est pas sentie la force de s'exprimer devant le tribunal. Mais après un an à assister aux audiences au palais de justice de Granby, Mme Choinière-Vallée pourra enfin tourner la page. « C'est soulageant, dit-elle, les larmes aux yeux. La dernière année a été vraiment difficile. Là, je pourrai faire mon deuil et continuer­ ma vie. »
Alex Lacasse Deaudelin lui a enlevé le seul parent qui lui restait puisque son père est mort dans un accident de voiture, il y a quelques années. La sentence lui semble correcte, sans plus. « Pour nous les victimes, ça ne sera jamais assez. »
Responsabilité
Lui en veut-elle toujours ? « Je ne peux pas dire. Je vais toujours lui en vouloir un peu, mais je souhaite aussi qu'il reparte sa vie. Il y a une maladie mentale là-dedans. Mais il avait consommé beaucoup de stupéfiants, donc il a un peu couru après. »
Maude Choinière-Vallée appelle à plus de vigilance face à des cas similaires qui sont, selon elle, nombreux à ne pas être soignés. « Beaucoup de signaux avaient été envoyés (NDLR : dans le cas de M. Lacasse Deaudelin) et je trouve ça dommage que d'autres précautions­ n'aient pas été prises. »