Pierre Cormier, copropriétaire du Murmure du printemps, vit des jours difficiles. Son eau d’érable a gelé à plusieurs endroits de son domaine.

« On mange la volée ! »

Le début du temps des sucres est particulier pour une raison à laquelle plusieurs acériculteurs ne s’attendaient pas. Des grands producteurs qui utilisent le système de tubulures doivent composer avec du gel dans les tuyaux, ce qui est exceptionnel.

« On mange la volée ! lance d’entrée de jeu Pierre Cormier, copropriétaire de l’érablière Le murmure du printemps, à Dunham, en entrevue samedi. La vie est dure depuis quatre jours avec nous, les acériculteurs qui sont sur les tuyaux. En 22 ans, c’est la troisième fois que ce phénomène arrive. »

Les érables coulent tellement que l’eau s’écoule même à des températures de -1° Celsius, explique-t-il. Puisque l’eau est très froide, elle gèle dans certains tuyaux au contact de l’air qui s’infiltre à certains endroits. Le mercure n’est pas monté assez haut dans les jours passés pour dégager l’eau sous forme de glace concassée.

M. Cormier a même dû arrêter la production de 8000 de ses 23 000 entailles le temps que la situation se replace. En raison des pentes inverses, l’eau d’érable de ces zones ne coule pas par gravité vers la cabane où elle est bouillie. Elle descend donc dans un mécanisme qui permet, par aspiration, de l’acheminer jusqu’à la bouilloire. Ce mécanisme était problématique dans les derniers jours.

Phénomène rare, mais pas alarmant
« On fait beaucoup de combats. C’est très particulier comme situation. » Et très technique.

« Ce matin [samedi], je suis allé chez un concessionnaire d’équipements pour ça. On jasait entre producteurs là-bas et on est unanime, c’est vraiment dur. » Les dernières fois où ceux-ci ont eu à faire face à un tel cas, c’était durant la crise du verglas, en 1998, et il y a six ou sept ans, rapporte l’acériculteur.

Il n’y a tout de même rien d’alarmant, nuance M. Cormier. Il y voit là un défi pour lequel il n’y a pas de solution miracle. Par contre, dès qu’il fera plus de 3 degrés, ce qui devrait être le cas lundi, il n’y aura plus de problème.

L’acériculteur tentera de faire des modifications dans les zones les plus éloignées de son érablière durant l’été pour éviter que cette situation se reproduise.

« Au moins, ça coule ! L’année va être, je pense, très bonne. J’ai déjà récolté l’équivalent de la moitié de ma meilleure récolte, ce qui est très bien, et l’eau est très peu sucrée. La saison est loin d’être terminée. »