En l’espace de cinq ans, Eden et Davy ont eu quatre enfants. Et leur venue n’a fait que consolider leur amour. Si bien qu’à l’Halloween dernière, ils se sont mariés, après dix ans de vie de couple. « Il faut croire qu’on est encore super en amour ! », rigole Eden.
En l’espace de cinq ans, Eden et Davy ont eu quatre enfants. Et leur venue n’a fait que consolider leur amour. Si bien qu’à l’Halloween dernière, ils se sont mariés, après dix ans de vie de couple. « Il faut croire qu’on est encore super en amour ! », rigole Eden.

« Il faut tout un village pour élever un enfant »

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
On le dit souvent, devenir parent ne vient pas avec un manuel d’instructions. Mais certaines ressources peuvent faciliter l’accomplissement de ce nouveau rôle. Parlez-en à Eden Lauzon, qui a eu la chance d’être accompagnée par une infirmière du programme SIPPE lors de ses quatre grossesses.

Âgée de 19 ans à l’époque, Eden venait tout juste de quitter son emploi dans une épicerie de Granby, avant de savoir qu’elle était enceinte. « C’était un bébé voulu, mais peut-être pas à ce moment précis là », analyse-t-elle avec du recul.

Elle et son copain Davy Cooke ne roulant pas sur l’or à leur jeune âge, une infirmière du CLSC de Waterloo a alors proposé de les inscrire au programme SIPPE (Services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance) venant en aide aux personnes qui vivent sous le seuil de faible revenu, entre autres (voir encadré). « On était les premiers de notre gang d’amis à avoir un enfant », se rappelle Eden, maintenant âgée de 27 ans.

Quatre enfants plus tard, Eden n’a jamais regretté d’avoir été accompagnée par des professionnels durant ses grossesses. Aux côtés de Memphis (7 ans), d’Owen (5 ans), d’Angie (2 ans) et Newton (1 an), elle s’épanouit. « Ça fait beaucoup de vie dans la maison, mais j’ai toujours su que je voulais quatre enfants », raconte celle qui est maman à la maison.

En l’espace de cinq ans, Eden et Davy ont eu quatre enfants. Et leur venue n’a fait que consolider leur amour. Si bien qu’à l’Halloween dernière, ils se sont mariés, après dix ans de vie de couple. « Il faut croire qu’on est encore super en amour ! », rigole Eden.

Leur parcours à travers la parentalité a été effectué avec le programme SIPPE en filigrane. « Ça donne une solide base pour devenir parent », affirme Eden.

Les intervenants ont été témoin des succès et de l’évolution de sa famille.

« Lorsqu’on commence un suivi auprès d’une maman, à partir de son premier enfant, on lui offre le service durant cinq ans, même s’il y a d’autres enfants qui s’ajoutent. On vient augmenter ses connaissances et compétences parentales. Ce qu’elle aura donné comme enseignement au premier enfant, elle peut le répliquer pour les autres », explique Mireille Fortin, coordonnatrice périnatalité, petite enfance au CIUSSS de l’Estrie.

Un accompagnement professionnel

Les professionnels qui composent le programme SIPPE font partie d’une équipe multidisciplinaire à laquelle les mamans ont accès : infirmières, travailleurs sociaux, psychoéducatrices, technicienne en éducation spécialisée et nutritionniste accompagnent la mère et son enfant de la période prénatale jusqu’à l’entrée à la maternelle. Sur le territoire du Réseau local de services (RLS) de la Haute-Yamaska, on compte 11 intervenants dédiés à ce programme. Des 907 naissances sur le territoire en 2019-2020, on dénombre 73 suivis SIPPE.

On voit ici Eden et Davy âgés de 17 ans et 18 ans au début de leur relation amoureuse.

« On essaie de favoriser le développement global de l’enfant qui vit dans un contexte de vulnérabilité. Ça peut être des rencontres individualisées ou en groupe. On essaie de le faire de façon précoce, c’est-à-dire d’intervenir rapidement dans les familles pour être capable de faire une différence à plus long terme afin que l’enfant ait le bon encadrement pour son développement », détaille Mireille Fortin.

L’équipe mobilisée intervient d’ailleurs dans la vie des parents en fonction de leurs besoins. « Pour une maman, ce sera le lien avec une infirmière seulement, tandis que pour d’autres, une psychoéducatrice pourrait intervenir pour l’attachement sécurisant, le réseau de soutien, etc. », poursuit-elle.

Le premier enfant d’Eden, Memphis, avait un retard de langage. L’infirmière a détecté cette problématique rapidement dès le jeune âge du garçon. « Sous ses bons conseils, on a consulté un orthophoniste. Comme on l’a détecté avant qu’il rentre à l’école, ça a permis qu’il se développe mieux », donne en exemple Eden pour montrer la pertinence d’avoir recours à des professionnels.

Gagner en confiance

Dans son cas, Eden a entre autres été accompagnée par Nicole, une infirmière qui l’a préparé à l’accouchement, à l’allaitement, au retour à la maison avec bébé, etc.

« Nicole, c’est un ange », lance Eden. La relation qu’elles ont bâtie à travers ces cinq années est « unique ». « Je lui envoie encore des photos de mes enfants. Pendant plusieurs années, elle me voyait plus qu’elle voyait ses nièces et que moi que je voyais mes tantes. Elle a été de très bon conseil. »

Si Eden se sent aussi comblée par son rôle de maman, c’est notamment parce que Nicole lui a fait gagner confiance en elle pour intervenir auprès de ses enfants, alors qu’elle n’avait que 19 ans. « On vient coacher les parents pour qu’ils développent leurs propres aptitudes », confirme Mme Fortin.

Au-delà de l’équipe multidisciplinaire, des partenaires communautaires font aussi en sorte que ce programme soit une réussite. « Comme on dit, il faut tout un village pour élever un enfant ! », lance Mme Fortin.

« Quand on évalue les besoins d’une famille, on va regarder ce qu’on peut mettre en place dans le réseau. Si elles ont besoin de dépannage alimentaire, on va les référer vers les ressources. »

Pour assurer que les femmes enceintes ayant peu de moyens financiers s’alimentent adéquatement, elles peuvent aussi recourir au programme OLO (Œufs-Lait-Orange), qui est davantage axé sur la période prénatale. Les mamans reçoivent des coupons échangeables chez des commerçants leur permettant d’obtenir des aliments (œufs, lait et jus d’orange) et des suppléments (vitamines et minéraux) ainsi qu’un suivi nutritionnel à partir de la 12e semaine de grossesse.

Eden s’épanouit aux côtés d’Angie (2 ans), d’Owen (5 ans), de Newton (11 mois) et de Memphis (7 ans). « Ça fait beaucoup de vie dans la maison, mais j’ai toujours su que je voulais quatre enfants », raconte celle qui est maman à la maison.

C’est avec tous ces outils et cet encadrement qu’Eden et Davy ont quitté leur appartement de Granby, il y a deux ans, pour acheter leur propre nid, à Sainte-Anne-de-la-Rochelle. « Avec trois enfants, il commençait à être temps ! », lance Eden.

« Même si Eden est déménagée à l’extérieur du territoire, malgré ça, elle communique encore avec les intervenantes : un lien s’est créé », relève Mme Fortin.

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PROMOTION ET PRÉVENTION

Le programme SIPPE s’articule autour de la promotion et de la prévention afin de soutenir les femmes enceintes, explique Mireille Fortin, coordonnatrice périnatalité, petite enfance au CIUSSS de l’Estrie. « On fait la promotion des bonnes habitudes de vie et on fait de la prévention en portant une attention particulière à la détérioration de la situation de la mère ou des parents. » 

Ce programme est offert de la période prénatale jusqu’à l’entrée à la maternelle de l’enfant suivi. « On commence vers 12 semaines de grossesse dans les suivis. Mais une maman qui a accouché il y a six mois, et qui vient d’apprendre l’existence du service, elle peut entrer dans le programme pourvu que son enfant ait moins de 12 mois », poursuit Mme Fortin. 

Ceux qui peuvent recourir à cette aide sont les femmes enceintes et leur partenaire, ou tout parent ou principal responsable d’un enfant de moins de 12 mois. Les personnes admissibles doivent vivre sous le seuil de faible revenu et présenter au moins un facteur de risque tel que la sous-scolarisation ou l’isolement social. 

« L’objectif est d’améliorer l’état de santé des bébés à naître, des enfants et des femmes enceintes ou des parents qui sont en situation de vulnérabilité tout en favorisant le développement optimal des enfants et améliorer les conditions de vie des parents et des enfants », souligne Mme Fortin.