Bienvenue dans la révolution du thé québécois [VIDÉO]

Bienvenue dans l’univers du thé d’épilobe et de celui de son artisan, Julien Drouin-Bouffard.

Vieux de plusieurs millénaires, le thé est une invitation au voyage. Ah ! l’Asie... Beaucoup plus près de nous, il existe pourtant un thé produit ici, à Frelighsburg, en Estrie. Oui oui, vous avez bien lu ! Bienvenue dans l’univers du thé d’épilobe et de celui de son artisan, Julien Drouin-Bouffard.


D’inspiration asiatique, ce thé d’épilobe, sans théine, non-stimulant mais possédant d’autres propriétés médicinales, est venu aux oreilles de Julien lorsque celui-ci « magasinait des semences » sur un site Internet russe. Là-bas, on l’appelle le Ivan Chaï.

« Sur l’écran de mon ordinateur, j’ai vu l’image d’un champ de fleurs d’épilobe, une fleur que je connais très bien pour avoir étudié en géographie et en biologie, et pour avoir voyagé aux quatre coins du Québec, particulièrement dans le Nord. J’ai appris que les Russes faisaient le Ivan Chaï depuis des siècles ! »

Si le thé d’épilobe est produit ici, dans Brome-Missisquoi, il est cueilli dans la région du Bas-Saint-Laurent, à Saint-André-de-Kamouraska, précisément. Là où les épilobes pullulent, ces grandes fleurs qui rappellent les lupins avec leur disposition de fleurs en grappes verticales.

Tradition boréale nordique

Selon Julien, on retrouve aussi ce breuvage en Europe de l’Est et en Scandinavie.

« J’ai alors compris qu’il s’agissait d’une tradition boréale nordique d’Eurasie », une tradition qui ne demandait plus qu’à être essayée au Québec.

(LA VOIX DE L'EST, JIMMY PLANTE)

Cette nouvelle information a pris racine dans un terreau fertile, Julien étant obsédé par tout ce qui peut rendre notre alimentation la plus locale possible. « Comment réduire notre empreinte écologique? Comment se connecter avec notre terroir, notre territoire, et valoriser ce qui pousse ici? Ça, c’est probablement l’une de mes principales vocations dans la vie depuis une quinzaine d’années. Dans ma quête de sens, et ma façon de contribuer à ce monde-ci. »

Et comme l’épilobe pousse en très grande quantité, — « du Québec jusqu’en Alaska, c’est même l’emblème du Yukon » — l’artisan producteur, à la tête de l'entreprise Artisan du vivant, a tout de suite flairé « l’opportunité extraordinaire » que représentait cette plante « circumboréale, c’est-à-dire qui pousse sous tous les climats boréaux de la planète ».

Julien présente le thé d’épilobe comme un thé de style oolong, dit aussi wulong, emblématique de la province chinoise de Fujian, et de Taïwan.

Du Bas-Saint-Laurent à l’Estrie

Si le thé d’épilobe est produit ici, dans Brome-Missisquoi, il est cueilli dans la région du Bas-Saint-Laurent, à Saint-André-de-Kamouraska, précisément. Là où les épilobes pullulent, ces grandes fleurs qui rappellent les lupins avec leur disposition de fleurs en grappes verticales.

Depuis trois étés, Julien se rend là-bas pour aller le récolter, en compagnie d’une dizaine de personnes venues l’aider. Ces « célébrations de l’épilobe », comme Julien le décrit joliment, marquent le début de l’aventure menant à ce thé québécois.

Depuis trois étés, Julien se rend là-bas pour aller le récolter, en compagnie d’une dizaine de personnes venues l’aider. 

« Avec les années, j’ai apprivoisé les techniques », dit ce grand gaillard à la voix douce et assurée à la fois. L’artisan transformateur dégage une sérénité tranquille.

De l’Eurasie à l’heure d’ici

À coups de dizaines de vidéos YouTube pour peaufiner ses techniques, celui qui signe ses produits « Artisan du vivant » s’est beaucoup inspiré des procédés russes et scandinaves. « Je regardais leurs mains, leurs techniques, c’était une de mes formes d’apprentissage. Là, j’ai réalisé quelque chose de fantastique : ce qui fait le thé, pourquoi on aime le boire, c’est pas tant la plante en elle-même, mais plutôt comment elle est transformée. C’est surprenant. »

Ce passionné du terroir précise que certaines plantes sont plus adaptées que d’autres pour produire du thé, comme l’épilobe, grâce aux tanins qu’elle renferme.

Julien présente le thé d’épilobe comme un thé de style oolong, dit aussi wulong, emblématique de la province chinoise de Fujian, et de Taïwan.

Ce thé est sans théine, « un peu comme un café décaféiné sauf que l’épilobe est naturellement sans théine ».

La feuille d’épilobe

On reconnaît à l’épilobe des propriétés anti-inflammatoires, notamment favorables à la santé de la prostate chez les hommes. « Les femmes peuvent le boire également », s’amuse Julien.

Étapes de production

Comme pour un autre thé de style wulong, le processus permettant d’arriver au thé comporte cinq étapes.

D’abord la cueillette, puis le flétrissement, vient ensuite le roulage. « Ayant perdu un peu d’eau, la feuille devient plus facile à rouler. »

Voici venu alors l’étape essentielle de l’oxydation : « C’est là que les arômes de thé se développent. » Une fois le degré d’oxydation souhaité obtenu, on passe à la dernière étape, celle du séchage.

Parlant d’oxydation, on désigne également le wulong par thé bleu-vert (qingcha) ou thé semi-oxydé. À la différence du thé noir, entièrement oxydé avant d’être séché.

L’épilobe une fois séchée

« Le thé d’épilobe, une fois séché, est foncé, noir, tout en présentant de petites touches de vert. »

Julien Drouin-Bouffard est également capable de produire un thé vert d’épilobe, en s’inspirant des techniques chinoises — toujours grâce à YouTube. « Pleins d’amateurs de thé font “wow, c’est bon”. »

Pour le thé noir de type indien, il ajoute l’étape de la torréfaction.

Thé du Labrador

Si Julien utilise également une autre plante d’ici associée au thé — le thé du Labrador —, celui-ci n’est pas transformé à la façon des thés d’Asie, explique-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de l’utiliser dans un mélange qu’il nomme « Thé du Nord ».

Le thé d’épilobe reste donc sur une planète à part.

« Ça goûte le thé, c’est local et sans théine. C’est complètement fou ! Je crois pas qu’il y a beaucoup de gens sur la planète qui font ce que je fais. C’est révolutionnaire. »

Vous pourrez rencontrer Julien Drouin-Bouffard et vous procurer son thé d'épilobe aux marchés de Noël de Sutton (samedi 3 et dimanche 4 décembre au 14, rue Dépôt) et de Frelighsburg (fin de semaine du 17-18 décembre à l'église anglicane, 5 chemin Garagona). Il dispose également d'une boutique en ligne.