Les Jardins de la Grelinette: nourrir frais, nourrir vrai

Les Jardins de la Grelinette exploitent un hectare de terre agricole à Saint-Armand. C'est assez pour produire des légumes pour environ 250 familles, du mois de juin à la mi-octobre, calcule Jean-Martin Fortier qui, avec sa conjointe Maude-Hélène Desroches, est propriétaire de la petite ferme biologique sur le chemin Guthrie.

Il y a un petit goût des Cantons-de-l'Est qui flotte tous les mercredis dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Là, 125 familles attendent l'arrivée de la fourgonnette des Jardins de la Grelinette remplie de toutes sortes de légumes biologiques produits à Saint-Armand. C'est jour de livraison!


Le lendemain, ce sont les résidants du quartier Mile-End, toujours à Montréal, qui peuvent se procurer les produits de la petite ferme maraîchère. Ça se passe au marché fermier du parc Lahaie. Puis le samedi, c'est au tour des citoyens de Lac-Brome de mettre ces aliments dans leur sac lors de leur visite au marché public de Lac-Brome-Knowlton, où les Jardins de la Grelinette tiennent un kiosque.

Sur leurs terres du chemin Guthrie et dans leurs trois serres, les proprios, Maude-Hélène Desroches et Jean-Martin Fortier, produisent depuis 2006 des poivrons, des choux de Bruxelles, des carottes, des épices, des tomates et des concombres. En fait, la variété de légumes qui poussent sur la ferme est si grande, signale M. Fortier, qu'il est plus simple de dire quels aliments on n'y retrouve pas: des pommes de terre, du navet et des courges d'hiver, indique-t-il. «On se concentre sur des cultures qu'on peut vendre fraîches», explique-t-il.



Le fait d'armes de l'entreprise: tout est produit sur un hectare de terrain. Tout. Étonnant en cette ère où la grande majorité des producteurs de légumes exploitent les hectares de terre par centaines. Tout est question de philosophie, fait valoir M. Fortier. «Le but, ce n'est pas de produire le plus possible, mais le mieux possible. Nous ne sommes pas au service de notre ferme, c'est la ferme qui est à notre service. Avec ce qu'on produit, on donne des légumes à environ 250 familles, du début juin à la mi-octobre.»

Small is beautiful, disent les Anglais. Et rentable, pourrait-on ajouter à propos des Jardins de la Grelinette. La petite entreprise agricole génère un chiffre d'affaires d'un peu plus de 100 000$, souligne M. Fortier. C'est amplement pour payer le seul employé de la ferme et pour permettre à la famille Desroches-Fortier de vivre avec ses deux jeunes enfants. «Notre but, c'est d'être bien. Et je peux vous dire qu'on vit bien; c'est pas mal rentable notre affaire», assure M. Fortier, qui nous a fait visiter sa petite terre cette semaine.

Voyage de découverte

C'est lors d'un voyage aux États-Unis au terme de leurs études universitaires (en sciences de l'environnement) que Maude-Hélène Desroches et Jean-Martin Fortier ont découvert leur voie. Le couple a travaillé quelques semaines pour un producteur québécois de légumes biologiques installé près de Santa Fé, au Nouveau-Mexique. «On allait avec lui au marché public. Les gens achetaient tout et ils le remerciaient. Manger local, manger bio, c'était très important pour eux.»



Durant deux ans et demi, ils ont travaillé dans de petites fermes biologiques au Nouveau-Mexique. «On a appris plein de choses», soutient M. Fortier. Il a également eu la chance de diriger une de ces fermes.

Ce séjour d'exploration aux États-Unis les a marqués. De retour au Québec, ils ont loué une terre agricole d'un hectare à Frelighsburg pour lancer leur entreprise sur le modèle des fermes où ils ont travaillé. Leurs légumes biologiques ont trouvé preneur auprès d'une table champêtre de la place et dans des marchés publics. «On essaie de recréer tout ça ici», a résumé M. Fortier.

Puis en 2005, après la vente de la terre qu'il louait, le couple s'est installé de manière permanente à Saint-Armand, tout juste au bout du chemin Ridge. L'entreprise a emménagé dans un bâtiment utilisé auparavant pour l'élevage de lapins. Le visage des lieux a changé du tout au tout. D'abord, la partie avant du clapier sert maintenant d'entrepôt pour les équipements, tandis que la partie arrière a été complètement transformée en logis moderne pour accueillir la petite famille. Le rêve était devenu réalité: habiter la ferme.

Révolution

D'autres petites fermes biologiques apparaîtront dans les prochaines années, croit M. Fortier. Les consommateurs, explique-t-il, se soucient de plus en plus de la provenance de ce qu'ils mangent. Aussi, ajoute-t-il, les prix des aliments importés augmenteront sans cesse. «Pensez-vous que le prix du pétrole va baisser dans les prochaines années? Non. On sait tous qu'il va augmenter. Les fermes traditionnelles utilisent beaucoup de carburant pour leurs machineries. On sait aussi que les fertilisants agricoles sont faits à base de produits pétroliers. Leurs produits coûteront plus cher, c'est sûr. Nous, on n'utilise pas de pétrole. Nos coûts de production ne changeront pas beaucoup.»

Déjà que le biologique a le vent dans les voiles, son plus grand obstacle, son prix un peu plus élevé, s'évaporera éventuellement. Pour ces raisons, calcule M. Fortier, la demande pour les légumes biologiques continuera d'être en hausse.



Les signes de cette révolution alimentaire se multiplient, estime M. Fortier. «On a cinq de nos anciens stagiaires qui travaillent sur des projets de petites fermes biologiques», a-t-il dit. «C'est là où l'avenir de l'agriculture se trouve, dans la production pour les communautés. Les gens nous font confiance. On est heureux de travailler pour eux.»

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