Les restaurateurs de la région divisés

Les restaurateurs de la région sont divisés face au projet de loi du gouvernement, qui souhaite être plus sévère en matière d'alcool au volant. La proposition d'abaisser le taux d'alcoolémie toléré de 0,08 à 0,05 gramme par litre de sang n'aura aucun impact sur le nombre d'accidents croient certains, alors que d'autres pensent qu'il s'agit d'une bonne solution. L'idée d'interdire aux jeunes conducteurs de18 à 21 ans de consommer de l'alcool ne fait pas non plus l'unanimité. La ministre des transports, Julie Boulet, devrait déposer son projet de loi d'ici la fin de la semaine.


«C'est incroyable, je ne suis pas pour ça, lance d'emblée Karine Tanguay, directrice de la Cage aux Sports de Granby. Je ne pense pas que ça changera grand-chose. J'écoutais la ministre et je me demandais où était la vraie solution dans sa proposition.»

 

Elle affirme que les gens consomment déjà beaucoup moins d'alcool qu'auparavant dans les restaurants et que les restaurateurs adoptent de plus en plus de mesures pour s'assurer que les clients ayant un peu trop bu reviennent chez eux en toute sécurité. «En tant que restaurateurs, on est intelligents. On n'est pas là pour saouler notre monde. On a une raison sociale, on est sensibilisés et on est responsables.»

Le copropriétaire du Resto Pub Le MacIntosh, Dominic Guay, accueille lui aussi négativement la nouvelle approche du gouvernement. Selon lui, l'application de cette loi entraînera son lot de difficultés. «Le gouvernement met des lois et c'est ensuite à la police municipale de les appliquer avec leurs budgets à eux autres. Je ne vois pas comment ils vont faire pour forcer les villes à mieux faire pour appliquer les lois.»

Leurs arguments rejoignent ceux de l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ). Selon le groupe, qui représente des centaines de restaurateurs de la province, les citoyens vont s'empêcher de consommer de l'alcool au restaurant «de peur d'être traités comme des criminels en puissance.» Pour l'association, c'est l'application des règles actuelles qui permettra une chute des accidents impliquant l'alcool.

Le propriétaire du City Night Club et du resto-bar Cité, l'un des principaux bars dédiés à la clientèle 18-21 ans, n'est pas d'accord. Il salue les mesures annoncées. «Moi, je pense que c'est une bonne chose. Il va y avoir moins d'accidents», raconte Michel Therrien, conscient que sa jeune clientèle est la plus souvent impliquée dans les accidents mortels. «On va vivre avec la loi et on va s'ajuster, même si c'est certain qu'il va y avoir un impact sur notre fréquentation», ajoute-t-il.

Denis Hébert, du Bar Paco, est aussi d'avis que les propositions qui touchent les jeunes sont appropriées. «La tolérance zéro, c'est parfait pour les jeunes. C'est un premier pas dans la bonne direction. Ensuite, il faudra s'attaquer à la drogue», pense-t-il.

L'interdiction totale pour un jeune conducteur de consommer de l'alcool risque cependant de constituer tout un casse-tête pour les restaurateurs de la région. Le gouvernement n'a pas encore précisé s'ils devront effectuer des vérifications supplémentaires et de quelle manière cet aspect de la politique les touchera. «Est-ce que je vais être obligée de demander à un jeune ses cartes et aussi de prendre son porte-clé, maintenant? C'est absurde de penser ça», lance Karine Tanguay.

Solutions de rechange

Le copropriétaire du Resto Pub Le MacIntosh croit qu'il aurait été plus approprié que Québec annonce des investissements dans les services de raccompagnement plutôt que des changements à la loi. Des organismes qui font réellement une différence, dit-il. «Le gouvernement veut réduire le taux d'alcoolémie, mais il ne subventionne pas ces organismes qui vont conduire les gens et empêchent des accidents à l'année. Ils font des lois, mais ils ne font rien à côté pour que ça soit mis en application», dénonce-t-il.

À Granby, entre 4500 et 5000 personnes font appel chaque année au service de raccompagnement TZ Estrie, un OSBL anciennement nommé Tolérance Zéro. La responsable régionale de l'organisme, Micheline Goyette, est aussi d'avis que le gouvernement frappe sur le mauvais clou. «On travaille d'arrache-pied pour payer nos factures et on n'a pas d'aide», s'attriste celle qui raccompagne elle-même plusieurs centaines de personnes, chaque année. «Le gouvernement pense de faire mieux, mais arrêtez-vous deux secondes pour y penser: c'est encore les jeunes qui écopent. Ils ont l'âge de raison et on leur interdirait de prendre une consommation? Je crois qu'on devrait faire plus de sensibilisation plutôt que de mettre des lois plus sévères.»

Et les clients?

Les mesures proposées par le gouvernement ont alimenté bien des discussions, hier, dans les bars et restaurants de la région. Plusieurs citoyens penchent vers les arguments des restaurateurs. «Je pense qu'on s'attaque au mauvais segment de la population. On devrait s'attaquer aux récidivistes plutôt qu'à ceux qui boivent une ou deux bières», lance Martin Nadeau. L'entrepreneur de Granby s'imagine déjà les problèmes qui suivront les dîners d'affaires où, après avoir bu une ou deux coupes de vin, tous se demanderont s'ils peuvent ou non prendre le volant.

Jean-Marc l'Heureux croit, quant à lui, qu'il sera presque impossible de mettre en application ces nouveaux éléments de la loi. «Ils ne réussissent déjà pas à attraper les contrevenants, ça ne s'améliorera pas!», laisse-t-il tomber.

En ce qui a trait aux jeunes, Alain Champigny, un camionneur de Granby, soutient que le gouvernement ne va pas assez loin. «Il faut plutôt repousser l'âge d'obtention du permis à 21 ans. Il y a eu 7 morts, en fin de semaine, dont la majorité était des jeunes. Il faut être plus sévère encore», croit-il.