Départ d'un «faucon» de l'économie

D'emblée, il importe de souligner le travail remarquable et le dévouement de François Legault comme député de la circonscription de Rousseau. Cela dit, son départ ne préfigure-t-il pas un changement prochain quant à la perspective économique qui prévaut depuis plusieurs années? En effet, les principes de M. Legault concernant le marché autorégulateur sont bien connus. Pour lui, l'État constitue une entrave à la liberté individuelle réduite à celle d'entreprendre.


En guise d'exemple, il suffit de songer à son attitude que je qualifie de «faucon» plutôt que de «lucide» face à l'endettement: pour M. Legault la dette publique constitue une véritable crise menaçant l'avenir de nos descendants. À mon avis, il importe de relativiser ce discours surtout lorsqu'il est relié à une autre forme de crise qui est passée sous silence: la «dette socioécologique». En paraphrasant le philosophe Michel Serres, il s'avère plus que probable que les considérations d'une dette financière publique apparaîtront bien secondaires face à l'urgence socioécologique qui est à nos portes.

 



Il est à observer que le retrait de la politique active de M. Legault, tout comme celui de Monique Jérôme-Forget avec qui il partage des affinités idéologiques, coïncide avec la métamorphose des principes économiques qui ont orienté les sociétés occidentales au cours des dernières années. L'abandon éventuel des PPP et l'intervention soutenue de l'État dans l'économie indiquent un fléchissement de la trajectoire néolibérale.

Avec les transformations actuelles, souhaitons que nos dirigeants adoptent rapidement un modèle de développement durable qui exige déjà «une nouvelle hiérarchisation dans la régulation: dans la mesure où l'on ne saurait imaginer de bien-être et de richesse dans un environnement dégradé sujet à d'incessantes catastrophes, l'intégrité écologique, c'est-à-dire la préservation des grands équilibres macroécologiques, devient une condition du développement: l'économie, dont le caractère conventionnel sera mis à jour au fur et à mesure que seront reconnues et intégrées les externalités environnementales, retrouve le rôle d'outil visant à assurer l'efficacité et l'optimalité des choix sociaux; enfin le développement humain et social occupe la place centrale d'un concept qui doit être mis à son service. À la fois condition, moyen et finalité, l'équité traverse quant à elle ces trois pôles du développement durable, alors que la gouvernance [...] en assure une mise en oeuvre démocratique» (C. Gendron, Vous avez dit développement durable? pp.77-78). Une telle approche favorisera très certainement une meilleure justice socioécologique pour toutes et tous et un avenir plus écohumaniste pour nos enfants.

Patrice Perreault

Granby